Le codéveloppement professionnel est une approche de formation et d'intelligence collective qui gagne du terrain dans le secteur médico-social — et pour de bonnes raisons. En tant que facilitateur certifié CECODEV, j'en anime régulièrement dans des contextes très différents : équipes de direction, cadres intermédiaires, professionnels de terrain. Voici ce que j'observe vraiment.
Qu'est-ce que le codéveloppement professionnel ?
Le codéveloppement professionnel est une méthode créée par les Québécois Adrien Payette et Claude Champagne dans les années 1990. Le principe est simple mais puissant : un groupe de pairs (5 à 8 personnes) se réunit régulièrement. À chaque séance, un participant — appelé "le client" — apporte une situation professionnelle réelle sur laquelle il veut progresser. Le groupe l'aide à y voir plus clair, non pas en donnant des conseils, mais en questionnant, en partageant des expériences similaires et en proposant des pistes.
Ce qui distingue le codéveloppement d'une réunion ordinaire ou d'une supervision, c'est son protocole très structuré en 6 étapes — et l'obligation pour le client d'écouter sans se défendre pendant la phase de consultation. Ce cadre crée une qualité d'attention et de réflexion qu'on trouve rarement dans les échanges professionnels habituels.
Les 6 étapes d'une séance
Pourquoi ça fonctionne si bien en ESMS
Le secteur médico-social est traversé par des injonctions contradictoires permanentes : faire plus avec moins, maintenir la qualité malgré des équipes incomplètes, tenir des exigences réglementaires croissantes tout en gardant le sens du travail. Les professionnels portent souvent des situations complexes dans une relative solitude — peu d'espaces pour "penser" leur travail à voix haute.
Le codéveloppement crée précisément cet espace. Il dit : "Ta situation professionnelle mérite qu'on s'y arrête. Tu as des collègues qui ont vécu des choses similaires et qui peuvent t'aider à y voir plus clair." C'est à la fois humble — on ne prétend pas avoir toutes les réponses — et profondément respectueux de l'expertise des participants.
Ce que j'observe dans les groupes que j'anime
- Une montée en confiance progressive — les participants osent apporter des situations de plus en plus complexes au fil des séances
- Un développement réel de la capacité à questionner plutôt qu'à juger — compétence précieuse pour l'ensemble du travail professionnel
- Des effets sur la coopération entre participants, y compris en dehors des séances
- Une valorisation des savoirs tacites — ce que chacun sait faire sans forcément pouvoir le nommer
Pour qui, dans quel contexte ?
Le codéveloppement fonctionne bien avec des groupes homogènes en termes de niveau de responsabilité — des groupes de directeurs, de cadres intermédiaires ou de professionnels de terrain. Mélanger les niveaux hiérarchiques dans un même groupe peut inhiber la parole.
Il se déploie idéalement sur 6 à 8 séances d'environ 2h, à raison d'une fois par mois. La régularité est clé — c'est ce qui permet au groupe de maturer et aux apprentissages de s'approfondir.
Il peut être mis en place en intra (au sein d'un même établissement ou groupe), en inter (entre structures différentes) ou en inter-secteurs — c'est d'ailleurs dans ces configurations mixtes que les apprentissages sont souvent les plus riches.
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